Publié le 20 avril 2020

Comment écrire un scénario en confinement ? Les conseils de Ludovic Bernard

Avec la crise du COVID-19, le cinéma mondial a subi un coup d’arrêt. En France, les tournages ont été stoppés et les professionnels du secteur sont dans l’attente. Nous avons demande à Ludovic Bernard des conseils pour continuer à écrire et raconter des histoires malgré le confinement. 

Où es-tu confiné ?

Je suis chez moi à Paris avec ma famille.

As-tu vu des projets retardés ou annulés à cause de la crise du coronavirus ?

Je n’ai pas de projets annulés mais oui, tout est retardé du fait qu’on ne peut plus se retrouver ensemble, et on ne sait pas quand ça va recommencer. On pensait pouvoir redémarrer les préparations au mois de Mai mais ce n’est pas encore sûr.

L’autre problème ce sont les assurances, parce que les assureurs ne veulent plus assurer les films pendant la pandémie. Du coup les films ne peuvent plus redémarrer sans assurance… Deux acteurs ne peuvent plus se toucher, s’embrasser. Comment tourne-t-on un match de foot en public ou un rassemblement de personnes ? C’est très compliqué, la culture a pris un gros coup.

Comment occupes-tu tes journées en étant confiné ?

Je me lève tôt, je vais courir le matin pendant une heure, et ensuite je travaille pendant trois heures. J’ai terminé 3 scénarios pour le cinéma et je consacre mon temps à ces projets là principalement.

Quand on écrit un scénario, on est de nature confiné. Cela ne change donc pas énormément de d’habitude. En revanche, ce qui change c’est le monde autour, la concentration est différente, il faut savoir s’isoler. 

Je mets aussi mon temps à profit pour voir et revoir des films, et notamment des vieux films. Parmi ceux que j’ai regardé, il y a les films de John Huston, les Spielbergs, Orson Wells… je regarde aussi beaucoup de films des années 70 sur la Guerre Froide.
D’ailleurs, depuis le début de l’année, je fais une liste de tous les films et séries que je vois. J’en suis à 95 films. Je mets des étoiles et cela me permet de les garder en mémoire. 

Est-ce que cette période t’as rendu plus ou moins créatif ?

Une fois passé la période d’incompréhension de ce qui nous est arrivé à tous, ma créativité ne s’est pas tari. Mais pendant 2 semaines, on a accusé le coup comme tout le monde.

Maintenant qu’on comprend un peu mieux les choses, avec une meilleure vision, j’ai pu me relancer dans l’écriture. L’esprit est préoccupé ailleurs malgré tout au départ, mais ce n’est pas un blocage lié à l’écriture.

Tu as animé une masterclasse avec Les Ateliers du Delta il y a quelques mois. Avec le recul, quel regard portes-tu sur cette session ?

Je trouve ce genre d’exercice très agréable. J’aime beaucoup la notion de partage et ça m’apporte énormément dans la vie de tous les jours. Après j’aimerais bien savoir où en sont les participants qu’on a rencontré. J’espère que je leur ai donné envie d’écrire et apporté quelques tuyaux.

En tout cas le partage est très important. 

Cette période de confinement est un moment dont on peut profiter pour se lancer dans des projets, et notamment celui de l’écriture. Quels conseils pourrais-tu donner à une personne qui voudrait commencer à écrire un scénario maintenant ? Y a-t-il des techniques d’écritures à suivre quand on travaille seul chez soi ?

Il n’y a pas de recette magique, la bonne histoire on la rêve tous !

Ensuite ça va dépendre des sujets. Pour les projets sur lesquels je travaille en ce moment, je me documente beaucoup plus que d’habitude. J’ai bien plus de temps à consacrer à mes recherches, je vais vraiment au bout des choses. J’ai le temps de lire toute la journée. Mais ça c’est pour un sujet précis évidemment qui demande ce temps de documentation. Si le projet est vraiment dans l’imaginaire de la personne qui écrit, alors on a moins besoin de cette phase de recherche. 

Dans tous les cas il faut bien, comme j’ai pu le dire pendant la masterclasse, mettre l’histoire et les personnages à plat. C’est très important et c’est ce qui manque souvent ! Définir l’histoire évidemment mais aussi les personnages, leur passé, les rencontres qu’ils ont pu faire… ce sont des vecteurs de vie et d’émotion alors il ne faut pas les négliger dans un scénario. 

Quelles peuvent être les sources d’inspiration sur lesquelles un apprenti scénariste peut s’appuyer en ce moment selon toi ?

Je suis un fervent lecteur du National Geographic. Quand j’ouvre ce magazine, n’importe quelle page me donne envie de faire un film. Les magazines qui parlent de voyages, d’Histoire et de sciences sont des puits d’inspiration. Il y a des idées de début de films partout. Je pense qu’il y a un scénario pour autant d’être humain qu’il y a sur terre !

Et ensuite pour rendre l’histoire plus grande et plus belle, on utilise la fiction. Pour mon film L’Ascension (réalisé en 2017, Prix du Jury et du Public au Festival de l’Alpe d’Huez), le point de départ c’est ce jeune homme qui part monter l’Everest sans aucune expérience, et moi j’y ai ajouté l’histoire d’amour avec Alice. 

Dans le film L’Homme qui tua Liberty, John Ford disait : “Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende”. J’aime beaucoup cette citation ! 

Enfin, comment vois-tu l’avenir du cinéma après cette crise ?

Je suis persuadé qu’il va y avoir un regain de films extraordinaires ! Après toutes crises, il y a un regain de la vie, et celle-ci passe par la création culturelle. 

C’est aujourd’hui qu’on écrit les projets de demain. Je sais que dans quelques temps on va nous redemander des histoires et scénarios. Tous les distributeurs à commencer par les plateformes (Netflix, Canal,…) auront épuisés les ressources d’histoires. Il va y avoir un regain de tournages quand nous seront sortis de tout ça et qu’on sera sûr de pouvoir tourner en toute sécurité. 

2021 sera une très grande année cinématographique, j’en suis persuadé !